Nouvelle: « Descente » #3

Fév 9 • Actualités, Nouvelles • 287 vues • Aucun commentaire sur Nouvelle: « Descente » #3

Je passai des jours seul, sans savoir que faire, ni quoi penser. J’étais prisonnier de ma solitude, à une époque et dans un lieu que je ne reconnaissais pas, enfermé avec des personnes dont les visages ne m’inspiraient rien. Jusqu’à ce que je rencontre une fille qui semblait tout aussi perdue que moi. Ce jour-là, j’errais en espérant trouver de quoi me nourrir pour ne pas mourir de faim, quelques jours après être arrivé dans cet enfer. Cette fille m’inspirait confiance, j’avais l’impression de la connaître sans savoir pourquoi. Au fond de moi, elle me rappelait quelqu’un et je savais que je pouvais tout lui confier. C’est ainsi que je prononçai pour la première fois le récit de mes aventures qui semblait invraisemblable.
Elle prit un air songeur, à première vue sceptique. Je tremblais à l’idée qu’elle ne me prenne pour un fou, ou un fabulateur et j’attendis, là, en silence, attendant qu’elle n’émerge des profondeurs de son esprit. Après quelques instants, elle ouvrit enfin la bouche pour parler et me raconta une histoire qui apparemment, faisait office de légende urbaine dans ce lieu inconnu : « Il y a à peu près 40 ans », me dit-elle, « Un jeune homme qui avoisinait les 30 ans vint ici. Son histoire était pareil à la tienne. Il avait rencontré une femme, ma grand-mère, à qui il se confia comme tu viens de le faire avec moi. » Je songeai au fait qu’elle me rappelait quelqu’un. C’était peut-être de là que cela venait. Peut-être que je l’avais reconnue au travers de quelqu’un d’autre, ou alors j’avais été attiré par cette fille comme l’autre homme avait été attiré par sa grand-mère. Tout un tas d’hypothèses me submergèrent. « Elle lui dit qu’elle savait ce qui l’amenait; que la porte qu’il avait traversée était la porte de la descente. Cette porte à un pouvoir merveilleux au début, mais fait regretter la personne qui la franchit au fur et à mesure des heures qui s’écoulent. J’ai toujours cru que c’était un mythe. Si c’est vrai, tu ne dois pas t’habituer à vivre ici, ça va te sembler bizarre, voire fou, mais tu dois souffrir. Dès que la personne qui franchit la porte de la descente s’habitue au monde dans lequel elle se retrouve, elle passe au monde suivant. De pire en pire à chaque fois. Alors si ce monde est un enfer pour toi, il te semblera fantastique si tu rejoins le suivant. »
Avant qu’elle ne prononce cette dernière et ultime phrase, j’avais compris. Si je ne trouvais pas le moyen de sortir de là, je me retrouverais en enfer, et je ne sais pas s’il y a pire que l’enfer. En tout cas, je ne tenais pas à le savoir. Je m’empressai de poser à Élisabeth la question qui me semblait la plus importante : comment cet homme avait réussi à s’en sortir ? Elle ne le savait pas, personne ne le savait.
Toutes les journées que je passais dans cet endroit me semblaient terrible. En un sens, c’était pratique parce que je ne voulais pas connaître pire et je ne voulais pas m’embêter à trouver un moyen pour souffrir. La seule chose que je cherchais, c’était une solution, mais rien ne m’apparaissait. Quelques fois, j’espérais avoir un éclair de génie ou un miracle, ou alors j’avais l’espoir de me réveiller. Je souffrais de voir tant de gens agoniser devant moi, tant de gens pour lesquels je ne pouvais rien faire. J’étais égoïste de penser qu’il y ait une chance que je m’en sorte, car pour eux, il n’y en avait pas. Mais ce qui était encore plus terrible, c’est que, paradoxalement, j’étais heureux d’être malheureux car ce malheur me maintenait dans un monde à l’aspect bien moins mauvais que ce que je pouvais imaginer.
La vie me semblait morose. Cependant, je finis par me dire que peut-être je m’étais habitué à cette morosité puisque, le temps passant, je me retrouvai dans ce tourbillon que j’avais à présent tant de fois traversé et dont je connaissais désormais la signification. J’eus la peur de ma vie. Si la guerre ne me réjouissait pas, l’enfer était une punition à laquelle je ne pouvais me résoudre. Durant ces quelques secondes de tourbillonnement qui me parurent des heures, je réfléchis à des moyens d’échapper à un tel supplice, mon premier choix étant la mort, si bien sûr, l’endroit le permettait.
Contre toute attente, je n’eus pas à prendre de décision aux dépens de ma vie. J’atteris dans la maison de mon grand-père. Je venais de passer des jours tellement horribles qu’être là me semblait inconcevable. Le véritable enfer était-il celui que je vivais au quotidien ? Lorsque je vis mon grand-père arriver au loin, mon cerveau stoppa toute activité. Je restai là, debout, le corps fixe, le regard posé sur cet homme qui se rapprochait de moi de seconde en seconde. Une seule question m’obsédait alors : est-ce que l’homme dont parlais Elisabeth était mon grand-père ? Je n’y avais pas songé.

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